LES POINGS SERRES

Sélectionné par RTL Editions, « Les poèmes à tout le monde », 1984.

PRIERE QUAND MEME

Seigneur ! Redescends sur la terre !
Ton règne devrait être arrivé !
Les hommes se font toujours la guerre
Et n'en ont pas encore assez.

Depuis que tu t'offris, Jésus,
Deux mille ans se sont écoulés ;
Les Commandements sont foutus,
Les hommes les ont foulés aux pieds.

On danse le jerk dans tes églises
Et ton nom n'est plus sanctifié.
Ce qui fut la foi agonise
On veut Te voir et Te toucher.

Fais des miracles ! Nom de Dieu !
Qu'on sache au moins que Tu existes !
Nous avons tous besoin d'un Dieu
Qui nous écoute et nous assiste !

Qu'est-ce que tu fous dans tes nuages
A contempler tout ce gâchis ?
Empêche donc notre naufrage :
Ne sommes-nous pas tes brebis ?

Lorsque Tu veux, Tu ressuscites ;
Qu'attends-Tu donc pour nous aider ?
A moins que Tu ne sois qu'un mythe,
L'opium des pauvres opprimés.
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# Posté le mardi 29 août 2006 10:19

LES POINGS SERRES

Sélectionné par RTL Editions, «Les poèmes à tout le monde », 1984

LE FOU

Chacun le disait fou. Il semblait anormal.
Il s'écartait des gens et craignait l'animal.
On le montrait du doigt, on cachait les enfants.
On ne le savait pas, il les aimait pourtant.

On juge sur la mine ou sur la façon d'être ;
On ignore souvent la tristesse des êtres.
Cet homme, jeune encore, dont les traits ravagés
Témoignaient d'une vie marquée par le passé. ,
Revenait d'un pays où règne encore la guerre
Et qui, pour mieux tuer, cherchait des mercenaires.

Il s'était engagé, croyant en l'aventure,
Mais ce qu'il avait vu était beaucoup trop dur :
Il avait vu la faim, la vraie, celle qui tue,
Là où les armes à feu remplacent la charrue.

Il a connu l'horreur des enfants affamés
Hurlant après leur mère, tous nus dans le fossé.
Poursuivi dans la nuit, pourchassé dans ses rêves,
Il a su, qu'assassin, il n'aurait plus de trêve.
Son regard a changé, son esprit a sombré ;
Il en est revenu sans jamais oublier.

Chacun le disait fou ; on cachait les enfants.
On ne le savait pas mais il les aimait tant.
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# Posté le mardi 29 août 2006 10:22

LES POINGS SERRES

LES ELUS

Heureux sont les simples d'esprit !
J'aurai prié pour être ainsi !
Car le royaume leur appartient :
Ne plus comprendre, ne plus voir rien ;
Pour vivre ailleurs sans remarquer
Que tout est laid et dégradé :
L'esprit tourné vers l'intérieur
D'où est exclu le mot : malheur.
Rester toujours enfant comme eux ;
Rester au temps où tout est jeu.
Heureux sont les simples d'esprit !
J'aurai prié pour être ainsi !
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# Posté le mardi 29 août 2006 10:25

LES POINGS SERRES

LA PAUVRE VIEILLE

Qu'il gèle ou que tombe la pluie,
Les jours où passe la voirie,
Je vois trottiner dans la rue,
Une vieille, de noir vêtue.

Son dos voûté, sa longue robe déchirée
Et son chignon négligé
Devraient attirer l'attention
Et soulever la compassion.

Mais dans ce monde personnel,
Le fait de fouiller les poubelles
Ferait plutôt rire les gens
Qui se moquent des indigents !

Qu'est-ce que ça peut faire
Qu'une vieille soit dans la misère
Et qu'elle cherche sa nourriture
Au milieu de la pourriture ?

Et puis, dit-on, est-elle pauvre ?
N'est-ce pas un peu la sclérose
Qui la ferait agir ainsi
Régulièrement, chaque lundi ?

Et quand bien même !
Quand je vois dans le matin blême
Passer la vieille et son cabas,
Mon c½ur se serre, je ne ris pas.
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# Posté le mardi 29 août 2006 10:27

LES POINGS SERRES

L'HOMME TRISTE

Mon dieu ! Mais comme il était triste le regard
De l'homme que j'ai vu sortant d'une maison !
Son souci était tel qu'il ne pouvait me voir.
Qu'avait-il donc appris, quelle était la raison
Pour laquelle il pensait ainsi profondément ?
Il avait dans les yeux tous les chagrins du monde
Et des rides creusaient son front intelligent.
Il murmurait des mots sans bien s'en rendre compte
Je ne pouvais saisir ce qu'il disait si bas.

Derrière cette porte, que s'était-il passé
Pour qu'un homme si fort semble tellement las ?
J'ai pensé que la mort, un sien avait frappé.
J'aurais voulu l'aider, lui dire quelques mots
Mais ignorant son mal, comment intervenir ?
Je n'avais pas le droit d'ailleurs. J'étais de trop.
J'ai compris qu'il était plus discret de partir.

Je ne saurai jamais s'il y avait eu drame
Ou si cet homme était marqué depuis longtemps.
Quel était le tourment qui torturait son âme ?
Je ne l'ai plus revu mais j'y pense souvent.
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# Posté le mardi 29 août 2006 10:29